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Informatique médicale, études américaines: tout et son contraire!

Il est des newsletters qu'il ne faut point rater. Celle de "Carnets de santé" en fait partie de part ses qualités de fond et de forme. Au menu cette semaine un article sur deux études contradictoires au sujet de l'informatisation du dossier de soins. C'est avec l'aimable autorisation de son auteur, Serge Cannasse, que nous la reproduisons en nos lignes.



Deux études américaines publiées presque simultanément donnent des résultats opposés sur l’utilité des outils informatiques pour la qualité des soins. Alors que l’une conclut qu’ils améliorent les soins et le devenir des patients, et à moindre coût ! l’autre constate qu’ils imposent aux médecins de s’occuper bien plus de leur écran d’ordinateur que de leurs patients. Leur examen montre que l’opposition n’est qu’apparente : un outil ne vaut que bien conçu et bien utilisé.

Le premier travail est un rapport établi par le Comité des sciences informatiques et des télécommunications du Conseil national de la recherche (National Research Council), « très respectable » pour reprendre les termes de Philippe Eveillard dans le Concours médical. Ses auteurs ont examiné les systèmes informatiques mis en place dans 8 des plus modernes établissements de santé américains. Le constat est « accablant », écrit Jean-Marc Manach, dans un très bon papier du site InternetActu.net.

Rarement intégrés à la pratique clinique, les outils aident peu les praticiens à prendre des décisions ou améliorer leurs pratiques. En revanche, ils leur font perdre un temps considérable à entrer des données sur leurs patients. S’ils le font malgré tout, c’est essentiellement pour respecter la réglementation et ainsi se prémunir d’un risque de procès. Cerise sur le gâteau avarié, les praticiens ont souvent besoin de plusieurs années pour se familiariser correctement avec eux.

Ni pour, ni contre
Ni pour, ni contre

Conclusion : «  la compréhension de la situation du patient risque d’être perdue au beau milieu d’un amoncellement de données, de tests et d’outils de monitoring. Un temps et une énergie précieux sont passés à gérer des données plutôt qu’à chercher à comprendre le patient.

Pourtant, le rapport ne préconise absolument pas de faire machine arrière. Il propose au contraire de développer des systèmes d’aide à la décision performants, notamment en ayant recours à un patient « virtuel ». Celui-ci «  serait un “modèle conceptuel reflétant la compréhension, par les praticiens, des interactions physiologiques, psychologiques, sociétales, et autres dimensions” du patient. » Et, pour en obtenir un bénéfice optimal, le patient « réel » devrait pouvoir l’utiliser lui aussi, afin d’augmenter son implication dans le processus de soins (son « empowerment »).

On est donc loin des dossiers patients amoncelant les données, type DMP français (dossier médical personnel), dont on connaît les mésaventures. Et beaucoup plus proche du dossier informatique utilisé par le système de santé des anciens combattants américains (les « Vets »), dont on peut avoir une bonne idée en allant consulter le travail de Denise Silber sur le sujet.

L’autre étude est publiée par Archives of Internal Medicine (accès payant) et reprise dans un résumé du Commonwealth Fund (gratuit), qui a soutenu le travail. Celui-ci a comparé 41 hôpitaux texans en fonction de leur utilisation des outils informatiques. La conclusion est elle aussi sans appel : « Quand les praticiens utilisent les technologies de l’information à leur plein potentiel (bien noter la précision : toute la différence est ici – note de CdS), cela se traduit par moins de morts, moins de complications, et des coûts diminués, » et ce dès un usage « modeste » de ces outils.

A condition qu’ils soient bien utilisés et bien conçus : les professionnels de santé ont reçu une formation adéquate et utilisent les outils pour «  assurer l’harmonie entre la technique, les gens et les processus institutionnels » (qui oserait écrire comme ça en France ?). Cela ne devrait pas surprendre les lecteurs de Lisette Cazellet (Formatic Santé), qui a toujours défendu l’idée que les technologies de l’information sont avant tout des technologies de communication. Et pour ça, il faut vouloir et pouvoir communiquer.










Pour en savoir plus ...


Serge Cannasse
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