Soins Infirmiers & Informatique est une association infirmière belge qui organise l'échange et la diffusion des connaissances, des acquis et des projets traitant de l'informatique et des soins infirmiers. |
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L'e-nursing..., un clavier pour mieux soigner ?avec l’autorisation de SOINS CADRES – n°45- FEVRIER 2003Dossier patient informatisé, applications développées en milieu hospitalier, formation initiale et continue de l’infirmière au niveau informatique, e-learning, serveurs infirmiers…, autant de sujets abordés à cette occasion.
Soins Cadres
L’association Sixi – étymologiquement Si&i, Soins infirmiers et Informatique a organisé, le 21 novembre dernier au sein de la Faculté polytechnique de Mons (Belgique), avec le soutien de la section régionale de la Fédération nationale neutre de Belgique, une des quatre associations rassemblées au sein de l'Union générale des infirmières de Belgique (Ugib), son premier congrès international sur le thème “L'e-nursing…, un clavier pour mieux soigner ?”.
Créée en 1987, Sixi, association sans but lucratif, est soucieuse de promouvoir la recherche d'applications informatiques relatives aux soins infirmiers. En plus de ses conférences annuelles, elle publie une revue trimestrielle . Dans son allocution d’ouverture du congrès, Joseph Bellon, président de l’association, a rappelé l'intention des initiateurs de Sixi : « Permettre à notre profession [NDLR: infirmière] d'évoluer avec les nouvelles technologies, mais en plaçant l'être humain au centre de l'action ». LE DOSSIER PATIENT INFORMATISÉ
Un groupe de travail au sein de Sixi fonctionne actuellement autour du dossier patient informatisé (DPI), dont le sujet fut le thème de la matinée. Une dizaine d'infirmier(e)s ont travaillé sur l'élaboration du cahier des charges d'un dossier infirmier informatisé, tel qu'il devrait se développer progressivement dans les institutions hospitalières : critères de forme et de contenu à faire valider ensuite par les utilisateurs de terrain, avant de servir de guide pour ceux qui le souhaitent.
Willy Goethals, directeur du département infirmier, CHR de la Haute Senne (Soignies, Belgique), et rapporteur de ce groupe de travail, a souligné que si l'informatique est déjà ancienne dans les hôpitaux, celle-ci s'est surtout implantée dans des applications essentiellement administrative et financière. Depuis lors, de nombreux incitatifs ont favorisé l'émergence d'un dossier patient informatisé. Le dossier infirmier en est une partie. Ainsi, « l'informatique doit être une aide et non une charge supplémentaire», a-t-il poursuivi. Au niveau de la forme, le système doit être fiable et assurer la sécurité aussi bien des soignants (traçabilité de l'information) que des soignés (respect de la vie privée). L'information qu'il contient doit être disponible pour l’ensemble des collaborateurs, et continue dans le temps et l'espace. Quant à son utilisation, elle doit être aisée et conviviale. Les données infirmières encodées doivent être reliées entre elles et interconnectées avec les autres parties du DPI. L'image produite doit permettre tout à la fois une vue individualisée du patient et un aperçu global de l'unité de soins. Dans le retour d'information que l'informatique peut produire, tout ce qui peut être généré automatiquement doit l'être (commandes, facturation, listes et résumés de soins…). Idéalement, le dossier devrait être exhaustif, donc permettre à lui seul d'assumer la prise en charge des patients. Et encore – peut-être surtout –, « l'information devrait pouvoir être entrée là où elle est générée », c’est-à-dire au lit du patient, lors des soins, lors de la visite avec le médecin… En terme de contenu, le groupe propose des éléments bien connus, tels que les paramètres, les observations, les programmations des soins… En écho de ces desiderata, quelques témoignages du quotidien informatique. • L'expérience d'Anne Bertrand, responsable de formation permanente, Iris Sud (Ixelles, Belgique), est partagée entre enthousiasme et désillusion : « En un peu moins de deux ans, toutes les unités de soins [NDLR: de son hôpital] ont été informatisées et, une fois n'est pas coutume, d'abord au bénéfice des infirmières ». Une évaluation a été effectuée. La lenteur du programme par rapport à la cadence des soins dans les unités a été dénoncée par 65 % des utilisateurs. Le programme a été jugé compliqué, tout particulièrement pour le personnel à temps partiel (trop d'écrans, trop de manipulations). Pour certains, l'encodage était même difficile. Les éléments négatifs ont été si nombreux que 53 % du personnel ont souhaité un retour au “papier”. Parmi les points positifs cependant, le personnel infirmier s’est senti soulagé d’un certain nombre de tâches administratives: résultats de laboratoire, commandes de médicaments, documents de transfert ou de sortie. Les infirmières apprécient la clarté des plans de soins, l'absence de recopiage, la lisibilité des prescriptions et leur datation, la vue d'ensemble du patient. Des demandes de modifications ont été adressées au concepteur, mais elles sont restées sans suite, d’où une certaine désillusion… • Une équipe du CH de Liège, rassemblant plusieurs entités fusionnées, a évoqué son projet commun d'un dossier en cours de développement avec une firme de logiciels médicaux. Actuellement, les analyses de laboratoire et la gestion des lits sont opérationnelles. • Isabelle Cambier, directrice du département infirmier, CH de Braine l'Alleud-Waterloo (Belgique), a fait remarquer tout l'intérêt de l'utilisation des diagnostics infirmiers, des interventions et résultats standardisés (NIC et NOC) pour les plans de soins, ce qui permet d'éviter l'entrée de texte par le personnel, cause habituelle d'échec. • Une équipe de la polyclinique Vauban, à Valenciennes, a, quant à elle, relevé l'intérêt des transmissions ciblées. • On peut encore citer l'expérience de Stéphane Arts, infirmier en chef d'une unité de réadaptation, CHU Brugmann, Bruxelles. Il a utilisé un tableau Excel ® pour réaliser un récapitulatif des prescriptions de médicaments et soins prescrits par le médecin ou planifiés par l'infirmière. Ce tableau génère un certain nombre de documents “papier”, et ce système simple évite le recopiage, source habituelle de lassitude parmi le personnel. LA FORMATION
L'après-midi, une table ronde a mis l’accent sur deux points essentiels : l'importance de la disponibilité du matériel informatique dans les Instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi), essentiellement pour inciter les étudiants à utiliser internet (Karin Franck, infirmière-professeur, Haute École Ilya Prigogine, Bruxelles) et, en écho, l'importance du regard critique à poser sur l'information disponible (Luc Mathieu, professeur adjoint, Département des Sciences infirmières, Université de Sherbrooke, Québec).
Selon Bernard Marc, consultant en communication médicale (AP-HP) et auteur de “Internet et soins infirmiers” (Masson), qui a réalisé la synthèse de cette table ronde : • un bon outil informatique est avant tout un outil simple ; • la traçabilité est fondamentale pour garantir la sécurité, la confidentialité et l'identification des acteurs ; • la possibilité pour tous de se former et de se perfectionner en informatique en cours d'emploi doit être effective ; • l'introduction du dossier informatique ne peut être que progressive. INTERNET, QUEL USAGE POUR L’INFIRMIÈRE ? Le second thème de la journée était consacré à internet à l'usage de l'infirmier(e). Luc Mathieu a évoqué des « systèmes d'information infirmiers en tant qu'outils de gestion du savoir ». Il a rappelé « qu'une organisation ne crée pas par elle- même du savoir. [...] Ce sont les individus qui génèrent le savoir.[...] Le rôle de l'organisation consiste à l'amplifier ». Il a, par exemple, évoqué le développement de plans de soins guides à l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke (Québec) après recension, puis validation des écrits existants concernant les problèmes de soins, objectifs et interventions infirmières. Il a relevé l'importance de la mise à disposition des savoirs sur les lieux de travail. Mais encore faut-il « normaliser les définitions, les codes, les classifications…» pour faciliter cette utilisation. Eric Delmas, infirmier anesthésiste (Iade), au Chu Necker-Enfants Malades (AP-HP) et responsable du site Infiweb, a témoigné de son expérience à propos des « qualités et exigences d'un serveur infirmier ». À ses yeux, il y a deux mots-clés : information et communication, « sinon internet ne serait qu'un gâchis ; l'espace le plus important est celui de l'échange de compétences (pratiques, protocoles, soins, normes, outils de travail et documents…) ». Quant aux internautes, ils demandent « de se tenir au courant de leurs droits et devoirs sur les plans juridique et réglementaire ». Plus spécifiquement, les étudiants se montrent « friands de forums, “chats”, listes de diffusion…, même si le pire y côtoie le meilleur »! De manière plus générale, les infirmier(e)s, « en peine d'accéder aux médias classiques, aiment consulter les sommaires des revues professionnelles ou les annonces d'emploi ». Et ce dernier de conclure que, comme pour un média classique, « réaliser un site de contenu est un travail de Romain »! Guy Isambart , directeur des soins au Centre hospitalier de Clermont de l'Oise (60) et responsable du site de l'Association de recherche en soins infirmiers Arsi , a évoqué la situation et les perspectives infirmières de l'e-learning, en rappelant les différentes possibilités offertes par internet : courrier électronique, listes de diffusion, forums et groupes de discussion, visioconférence. Bernard Marc a terminé la journée en rappelant quelques règles élémentaires pour la recherche de données scientifiques de qualité : d'abord bien connaître son sujet de recherche, ensuite être méthodique et curieux en essayant différentes entrées avec une série de mots-clés utiles. Enfin, s'assurer de la fiabilité des données récoltées auprès de sociétés scientifiques reconnues (textes législatifs, recommandations, Medline…). UN CLAVIER POUR MIEUX SOIGNER ?
Chacun(e) s'en est retourné à ses patients avec des idées très concrètes : points forts, points faibles, réussites et échecs, écueils à éviter, créneaux à développer. L'effervescence qui a régné lors des temps de pause laisse présager de nombreux échanges en matière de trucs et astuces ! Une excellente organisation et un franc succès pour ce 1er congrès international Sixi-Fnib !
Charles Manise, directeur du Département infirmier, Centre de Traumatologie et de Réadaptation de Bruxelles (Belgique) avec l’autorisation de SOINS CADRES – n°45- FEVRIER 2003 Pour en savoir plusManise Ch.
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