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L'informatisation des DI-RHM: alibi ou atout?
Le congrès du 15 décembre 2006 a été ouvert par S.Allard sur le thème: "L'informatisation des DI-RHM: alibi ou atout?".
En voici le compte-rendu.
L’infirmière belge est une infirmière heureuse !
© cmj - illustrateur
L’Europe entière lui envie son RIM, le Résumé Infirmier Minimum, qui constitue une formidable base de données pour la profession. Base de données à destination scientifique mais aussi financière. Il n’est pas rare que durant certaines périodes de l’année et de façon saisonnière à l’instar du brame du cerf, certains couloirs d’hôpitaux raisonnent d’une complainte : « Attention, c’est le RIM, nous sommes en période RIM! ». RIM, RIM, RIM, RIM ! De-ci, un vol de crises émotionnelles, de-là la réapparition de la roue de changement de position, espèce pourtant considérée en voie de disparition. Le RIM sonne aux oreilles des infirmières comme le MRSA, les inventaires de fin d’année ou la canicule, il est générateur de contraintes, de charge de travail supplémentaire. Pourquoi ? Simplement parce que, outre le travail normal de remplissage du dossier infirmier, il est exigé de compléter le plus fidèlement possible la centaine de cases des formulaires de recueil de données RIM. Perte de temps cruelle en ces temps difficiles. Non seulement, c’est légitimement vécu comme une perte de temps mais en plus, le système n’est pas parfait. Il n’est pas rare qu’un audit ministériel fasse part de 30% de valeurs manquantes (horreur ! malheur ! j’ai travaillé, j’ai noté et ce n’est pas enregistré !) et de 10% de valeurs erronées (horreur ! malheur ! j’ai travaillé, j’ai noté et c’est mal enregistré). Nous savons pertinemment qu’il est déjà difficile de tout écrire mais à partir du moment où seulement 60% de ce qui est « péniblement » écrit est récupéré, il y a de quoi se poser des questions.
L’infirmière belge est une infirmière heureuse !
© cmj - illustrateur
Le monde entier va lui envier le DI-RHM, les Données Infirmières du Résumé Hospitalier Minimal, qui constitue une formidable base de données pour la profession. Base de données à destination scientifique mais aussi financière (air connu). Le RIM en terme de représentation de la charge de travail de l’infirmière laissait beaucoup de nos collègues sur leur faim. La profession a évolué en 20 ans. De nouvelles technologies sont apparues, de nouvelles philosophies de soins également. Certaines unités se sentaient lésées. Le SPF a donc, fort de ces remarques, retravaillé les données du RIM1 pour en faire, avec l’aide de groupes de travail issus de revalidation, pédiatrie, USI, … le DI-RHM. Comme précisé lors des formations, c’est vous, les infirmières qui avez voulu un nouveau RIM (message subliminal : ne vous plaignez pas !). Le DI-RHM est donc une collecte beaucoup plus complète et pertinente de l’activité infirmière. Le revers de la médaille est évident, le DI-RHM a les défauts de ses qualités : il est trop bon, trop parfait, trop complet. Le manuel d’encodage, récemment publié, reprend les 79 items, soit plus de 200 possibilités de scores, dans un recueil de plus de 100 pages. Les contrôles, justifiés, sont très nombreux et pointus. Ce sont des notes au dossier (transmissions ciblées par exemple) mais aussi des plans de soins, des protocoles, des références à des instruments de mesure. C’est un esprit mathématique, logique donc informatique qui a survolé la création de ce DI-RHM. Le RIM est décédé ce 15 juin 2006. Paix à son âme !
Le DI-RHM naîtra le 1er septembre 2007.
Soit quelques mois pour se préparer.
Deux choix sont possibles :
La solution papier qui implique de recréer le dossier papier, le compléter (il sera probablement doublé de volume). Bien qu’en théorie, le dossier infirmier se suffit à lui-même et ne doit pas être modifié pour le DI-RHM, il est inconcevable pour beaucoup de ne pas l’adapter pour faciliter l’extraction des données.
Ensuite, nous devons former le personnel aux nouveaux items afin qu’il écrive juste c’est-à-dire de façon pertinente et adaptée dans le dossier (le but étant de ne pas perdre la moindre donnée). Et ensuite, il faut encore encoder ces données sur un document. Le SPF souhaite, et nous l’en félicitons que cette tâche soit dévolue à des encodeurs internes, spécialistes qui travailleraient sur base des dossiers. Les infirmières se « limitant » à remplir correctement le dossier de soins. Souhait pieux mais il apparaît que les directions générales auraient quelques menus soucis pour financer ces nouveaux postes.
Ce choix provoque une cascade de coûts cachés : augmentation des coûts papier, temps de formation et frais liés au transport et à l’archivage des dossiers. Pour les encodeurs, une estimation nous fait dire que, pour une institution moyenne, deux à trois ETP sont nécessaires pour autant qu’ils aient un profil de robot très bien huilé.
Reste le choix du dossier infirmier informatisé.
Dossier infirmier informatisé mais pas n’importe lequel !
Le DIIEADRVC
Le dossier infirmier informatisé avec extraction automatique des données du RIM validées et contrôlées.
Je suis au regret de vous annoncer, Mesdames du Ministère, que si cette solution se généralise, vous allez pouvoir envisager une réorientation de votre carrière d’auditrice DI-RHM.
Redevenons sérieux !
Nonobstant les délais impartis, le DI-RHM est une opportunité unique pour le département infirmier de se doter d’un outil de travail performant.
Lors d’une conférence passée, l’orateur a prétendu que les sociétés informatiques ne seraient pas prêtes. Que celles-ci, telles les vautours de Lucky Luke planaient au dessus des départements infirmiers. Il a évoqué l’alibi du nouveau RIM pour vendre tout et n’importe quoi.
Nous disons : « procès d’intention ».
Les sociétés informatiques ne sont bien évidemment pas des entreprises philanthropiques. Cependant, le marché du logiciel infirmier n’existait pas faute de retour sur investissement. Aucune voire très peu de demande avant l’apparition du DI-RHM et de ses conséquences financières toujours plus importantes.
Au début, au sein de l’hôpital, des solutions informatiques ont été développées pour les bases de données patient. Motivation : la facturation et donc les sous !
Ensuite, sont apparues les logiciels labo . Motivation : les sous !
La pharmacie a également été informatisée. Motivation les sous !
L’arrivée du nouveau RIM conjuguée à une revalorisation de son impact financier est un argument suffisamment convaincant pour créer une demande, pour qu’un nouveau marché apparaisse. Il est donc normal que des solutions se développent. Il est tout aussi normal qu’elles ne soient, généralement, à l’heure actuelle qu’à l’état de prototype puisque le cahier des charges pour ces outils ne paraîtra qu’à le fin de l’année civile.
Le défi de la profession : dépasser le concept de la gestion financière et viser la qualité du produit.
Sans être candide, il faut considérer les sociétés informatiques comme des alliées, comme des partenaires, comme des atouts. Chacun a à gagner du savoir et de l’expertise de l’autre pour développer un outil qui réponde aux exigences économiques de nos directions et aux souhaits professionnels de nos collègues infirmiers.
Les bénéfices de l’informatique sont unanimement connus :
- la suppression des erreurs de retranscription et de recopiage
- la programmation automatique sur base de protocoles et de plans de soins validés
- la mise en ligne permanente de bases de données : plans de soins, protocoles, définitions, instruments de mesure, …
- la traçabilité
- les alertes
- l’accessibilité de tous les acteurs
- l’automatisation des rapports (fin de séjour, MRSA, …)
- l’édition de feuilles de route
- l’utilisation statistique des données
- in fine, un allègement de la charge administrative
- dans un second temps, la mise en place d’un outil permettant d’évaluer la charge de travail du lendemain
- …
Les inconvénients sont tout aussi connus :
- l’infirmière lambda est zoophobe. Oui, j’ai bien dit zoophobe. Elle a peur … de la souris et des puces ? De façon générale, elle n’a pas été formée à l’utilisation de l’informatique
- le matériel doit suivre (en quantité et en qualité)
- hardware, software (matériel et logiciel donc) et maintenance représentent un coût très élevé
- le produit doit être accompagné d’un service après vente impeccable, je pense à une aide en ligne voire à un helpdesk.
Les lignes de conduite de ces nouveaux outils devraient être les suivantes :
- un minimum d’écriture clavier grâce à un maximum d’encodage par simple clic, que ce soit sur des cases à cocher, des boutons radios, des menus déroulants, …
- une mainmise de l’infirmière, le logiciel aide l’infirmière mais celle-ci a le contrôle des solutions et programmations proposées. Elle ne devient pas une simple exécutante au service de la solution informatique.
Chaque donnée DI-RHM sera extraite car elle répondra directement aux contrôles exigés. Comme Monsieur Jourdain faisait de la prose sans le remarquer, vous ferez du DI-RHM sans le savoir. Fini le brame saisonnier du coordinateur DI-RHM.
Rappelons que cette solution électronique n’est pas un logiciel d’encodage RIM mais bien un dossier infirmier informatisé avec extraction automatique du RIM.
La qualité des soins en sortira gagnante.
Tous les hôpitaux vivent une période difficile. Ceux ayant opté pour une solution informatique ne sont pas mieux lotis.
Car une solution informatique ne devrait pas s’implémenter en quelques mois, le papier ne devrait pas être abandonné en quelques mois.
Il serait plus raisonnable de planifier le projet sur un plus long terme.
Mais nous ne sommes pas maîtres du temps et le challenge est bien là.
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